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Christophe Bernard, de l’appel des plantes à AltheaProvence

Posté le26/09/2019

Christophe Bernard, herbaliste passionné, fait partie des “passeurs de savoir”. Il a créé son blog AltheaProvence il y a 10 ans, et compte aujourd’hui plus de 230 000 abonnés sur sa chaine YouTube ! Lumière sur une personnalité inspirante et engagée.

 

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Bonjour Christophe, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

 

Je suis herbaliste, blogueur, auteur et enseignant en phytothérapie.

 

Mon parcours, par où commencer… Je suis ingénieur informaticien de formation. Une fois mes études terminées, j’ai tenté ma chance d’abord au Canada puis aux États-Unis et on peut dire que j’ai bien réussi. En cours de route, j’ai fait un MBA et me suis retrouvé directeur marketing dans une multinationale américaine. À ce moment-là, l’idée de travailler dans les plantes médicinales est apparue dans ma tête. Je pense que c’est tout mon passé de gamin Provençal qui a déboulé sans crier gare. À partir de là, je me suis lancé dans la reconnaissance de plantes, la cueillette et la transformation sans retenue. J’ai beaucoup lu, je me suis formé avec différentes personnes que j’apprécie énormément. Mais ce qui a constitué le plus gros de mon enseignement, ce sont mes années en tant que thérapeute. Il n’y a pas de meilleur enseignant que la personne en face de vous qui a besoin d’aide pour régler ses problèmes de santé.

 

J’ai commencé mon blog AltheaProvence fin 2009. Ce blog est devenu au fil des années l’un des sites les plus consultés sur l’utilisation traditionnelle des plantes médicinales. Ces deux dernières années, j’ai aussi beaucoup travaillé sur ma chaîne YouTube qui dépasse, à l’heure où j’écris, les 230 000 abonnés. J’ai aussi lancé des formations payantes en 2015 qui me permettent de gagner ma vie et de passer tout le savoir que j’ai accumulé ces dernières années. J’adore enseigner, je pense que c’est mon rôle principal aujourd’hui, enseigner à un large public au travers de mon site et de ma chaîne YouTube, enseigner à un public passionné et prêt à plonger tête première dans l’utilisation des plantes médicinales avec mes formations.  

 

Vous avez choisi de devenir herbaliste après une reconversion professionnelle. Pourquoi avoir fait ce choix ?

 

Je ne regrette absolument pas mon passé d’ingénieur. Gamin, j’étais à la fois occupé à grimper aux arbres, à faire le casse-cou avec mon vélo, et à programmer l’un des premiers Commodore 64 arrivé en France. Devenir ingénieur informatique a été un vrai plaisir pour moi. Ensuite, il a fallu que j’aille explorer la partie commerciale des entreprises car j’avais soif d’une vision plus globale. Mais au bout d’un moment, la soif a laissé place à la frustration. La course à la promotion, la surproduction et la surconsommation, le règne de l’argent, la vie sous les néons – j’ai décroché. Ce n’était plus pour moi. Ceci, plus l’appel des plantes comme expliqué précédemment, a fait que la reconversion professionnelle n’était plus une option, c’était un besoin.

 

Vous vous êtes formé sur les plantes aux États-Unis, notamment auprès de Michael Moore ou de Matthew Wood. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

 

Je suis un grand admirateur de Michael Moore et de ce qu’il nous a légué. C’est l’un des pères de l’herbalisme moderne aux États-Unis et il a fait un travail titanesque de rassemblement des vieux écrits afin d’en extraire le savoir (perdu) et de le faire passer aux générations futures. J’ai hélas rejoint son programme l’année où il est mort, je n’ai donc pas pu interagir directement avec lui. Heureusement que Donna Chesner, son épouse, a pris la relève, assistée par quelques fidèles de Moore comme Howie Brounstein, un gars très marrant, complètement décalé, et pourtant un herbaliste hors pair. Ces noms ne vous disent probablement rien, mais ce sont des voix importantes de l’herbalisme aux États-Unis.

 

J’ai plus tard décidé d’étudier avec Matt Wood car il a cette manière unique de combiner médecine de l’est, médecine de l’ouest, approche physiologique et approche énergétique. C’est un style bien à part. Le personnage lui-même, un gentil nounours intuitif et rêveur (désolé Matt de te décrire comme ça, mais c’est un compliment), est assez hors du commun. Matt m’a beaucoup ouvert l’esprit, et pour cela je l’en remercie.

 

J’ai aussi picoré chez de nombreux enseignants – Paul Bergner, David Winston, Aviva Romm. J’aime picorer, prendre ce qui me correspond, le tester, et soit l’intégrer, soit le laisser de côté.

 

Pouvez-vous préciser ce qui vous intéressait dans l’aspect énergétique des formations proposées par Matthew Wood ?

 

À la base de notre médecine, nous avons les courants grecs, romains et arabes. Ces courants ont, dès le départ, incorporé des notions d’énergétique des plantes – chaud, froid, sec, humide, un peu comme en médecine Chinoise et Ayurvédique. Mais chez nous, le système s’est rigidifié autour des théories de Galien, pour ensuite être mis complètement au placard, alors qu’il s’est épanoui en Chine, au Japon, en Inde, etc.

 

Si toutes les médecines se sont basées sur l’énergétique des plantes, la sensation qu’elles nous laissent en bouche, l’effet qu’elles produisent sur notre corps dans les minutes, les heures ou les jours qui suivent, ce n’est pas pour rien. C’est parce qu’intuitivement, ce modèle nous correspond, il s’aligne avec les éléments de la vie, il nous parle. Si j’attrape froid l’hiver et que je grelotte, je vais être attiré par des plantes d’énergétique chaude (thym, achillée millefeuille, gingembre). Lorsque j’ai une plaie qui suinte ou une diarrhée infectieuse, deux conditions humides, je vais rechercher des plantes asséchantes (les plantes astringentes – feuille de ronce, aigremoine, etc). L’énergétique nous permet de mieux choisir les plantes en fonction de notre constitution et notre condition. Matt a rendu cette partie de l’herbalisme plus humaine, plus accessible.

 

Sur votre site AltheaProvence, vous encouragez vos lecteurs à cultiver, cueillir et transformer eux-mêmes leurs propres plantes médicinales, sous l’égide de « Notre santé nous appartient ».

Quels sont pour vous les conseils les plus importants à retenir pour un apprenti herbaliste amateur ?

 

Le conseil numéro 1 est de bien se former. Mais attention de ne pas se perdre dans trop de théorie non plus. Apprendre à utiliser les plantes, ce n’est pas bâtir une bibliothèque de livres ni afficher un certificat car on a s’est formé dans l’école X ou Y. Le but, c’est d’aider. S’aider soi-même d’abord avec ses propres problèmes de santé, puis aider son entourage. Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont tombées amoureuses de l’idée de réintégrer les plantes dans les soins familiaux, mais ne passent jamais à la pratique. C’est une erreur. Si vous apprenez à peindre, vous allez tout de suite démarrer une toile, c’est la meilleure manière d’ancrer les concepts que vous avez appris.

 

Ce qui nous amène au point numéro 2. Primum non nocere : D’abord ne pas nuire. On ne fait pas n’importe quoi. Lorsqu’il y a une problématique quelconque, on obtient d’abord un diagnostic clair d’un médecin de confiance. Ensuite, on voit ce que l’on veut faire avec les différents choix qui se présentent à nous. Oui, je sais, la pression de suivre un chemin de soin conventionnel est immense. Mais notre santé nous appartient. C’est notre choix, notre responsabilité, et ceci, personne ne peut nous le prendre. Nous ne sommes pas des marionnettes du système.

 

Beaucoup ne se lancent jamais dans la pratique car on nous a fait énormément peur. Mais au final, si une plante est en vente libre en herboristerie ou dans un laboratoire basé en France, c’est qu’elle est relativement inoffensive. Le risque de provoquer un problème sérieux est minime. Donc arrêtons d’agir dans la peur, dans le « Ouh la la fais attention avec cette teinture d’angélique, c’est très puissant ! ». Certes, avant d’utiliser les plantes, apprenez les propriétés et les contrindications. Et si vous êtes sous médicamentation, faites attention et informez-vous avant d’agir. Mais dans l’ensemble, il ne faut pas vivre dans ses peurs et passer à l’action.

 

Conseil numéro 3, apprenez à reconnaître les plantes inoffensives près de chez vous et cueillez dans le respect de la nature. Apprenez à faire pousser ces mêmes plantes au jardin ou sur le balcon pour avoir un approvisionnement toute l’année. Personnellement, j’achète souvent des plantes en herboristerie, chez les petits producteurs ou dans les laboratoires de confiance. Mais en parallèle, je ramasse, je cultive, car c’est notre responsabilité de réapprendre ces gestes de base.

 

Vous proposez notamment une charte éthique de la cueillette des plantes médicinales sur votre site, que vous nommez « cueillette raisonnée ». Elle présente de nombreux points communs avec la charte proposée par le Syndicat SIMPLES que respectent les cueilleurs associés au laboratoire Herbiolys.

Quels sont pour vous les points indispensables à respecter pour toute personne qui désire se lancer dans la cueillette de plantes médicinales en milieu sauvage ?

 

Je ne vais pas répéter ces points car je l’ai fait sur mon site, le syndicat des SIMPLES l’a aussi fait et la liste est longue.

 

J’insisterais juste sur le point suivant. Vu l’état de surpopulation de la planète, si nous nous mettons tous à cueillir aujourd’hui, la situation va vite devenir intenable et les ressources naturelles, déjà bien abîmées, vont être détruites encore plus vite. D’où mon incitation à cultiver les médicinales au jardin. Et pour revenir à la ramasse en nature – lisez la charte des SIMPLES ou la mienne. Lisez-la bien, comprenez les raisons pour lesquelles nous voulons suivre ces conseils.

 

Et même lorsque vous suivez la charte, en supposant que vous n’êtes pas un cueilleur professionnel bien sûr, demandez-vous toujours : ai-je vraiment besoin de cette plante ? Posez-vous cette question 10 fois. Ensuite, décidez de la quantité minimale nécessaire pour vos besoins. Divisez cette quantité par 3 et ramassez cette quantité. Bon, je vous donne des chiffres arbitraires ici, c’est le message qui est important : on ramasse toujours trop, et on finit par laisser des litres de teinture se décomposer à la cave ou par composter des sacs de belles plantes que l’on a ramassées pour rien.

 

Pour les plantes la célébrité peut parfois devenir un écueil et certaines sont aujourd’hui menacées en France, comme la bien connue Rhodiole (Rhodiola rosea). En tant qu’herbaliste, comment vous positionnez-vous face à ce paradoxe ?

 

Une question que je me suis énormément posée ces dernières années :

- Dois-je parler des plantes qui ne sont pas de chez nous ?

- Dois-je parler des plantes qui sont menacées ?

 

Et ma réponse a été un grand oui, sans retenue. Je veux en parler, je ne veux rien écarter, ce qui ne veut pas dire que l’on doit faire n’importe quoi. J’en parle car c’est notre patrimoine mondial, car un jour tout ce savoir nous servira d’une manière ou d’une autre. De plus, certaines plantes sont menacées dans le sauvage mais cultivées aujourd’hui pour les besoins de l’herboristerie.

 

Ceci étant dit, lorsqu’il y a un risque, je veux en parler clairement, expliquer pourquoi il ne faut pas la cueillir ou pourquoi il vaut mieux utiliser une autre plante. Ne pas parler de la rhodiole, par exemple, serait pour moi une erreur vu ce que l’on sait de la plante aujourd’hui.

 

Je ne sais pas s’il y a un paradoxe. Je pense qu’il y a un besoin, des gens qui souffrent, et certes des gens qui ont vite tendance à acheter la dernière pilule en vogue. Ici, pour la rhodiole, la souffrance, c’est le stress et l’épuisement. Donc évidemment, les gens qui frôlent constamment le burnout (et je peux vous dire qu’il y en a beaucoup), vont activement rechercher la rhodiole.

 

Notre rôle est donc d’expliquer, d’éduquer. Oui, la rhodiole peut aider la personne dans des états d’épuisements physiques et émotionnels. Et on trouve de bons produits basés sur la culture biologique de la plante. Et il existe aussi d’autres choix (note d'Herbiolys : l'extrait hydroalcoolique d'avoine par exemple). Donc surtout ne pas aller l’arracher dans les Alpes.

 

La spécificité d’Herbiolys est de mettre les plantes en macération directement sur le lieu de cueillette, pour conserver intactes leurs propriétés. Quelle place accordez-vous au critère de fraîcheur dans la préparation et la transformation de vos plantes médicinales ?

 

J’y accorde une énorme importance. C’est ce qui fait qu’un extrait liquide de plantes, que l’on appelle « teinture » dans notre jargon, sera plus actif. Nous savons bien qu’un aliment est plus riche en nutriments lorsque nous le mangeons frais. Lorsqu’une tomate est cueillie verte et parcours la moitié du continent pour se retrouver dans le supermarché, il reste quoi au final ? Et lorsque la tomate est séchée et reste 2 ans sur une étagère, que reste-t-il ? C’est exactement pareil pour les plantes. La fraîcheur est primordiale.

 

Quelle est votre plante médicinale favorite et pourquoi ?

 

C’est le romarin. Elle me correspond tellement bien. C’est un stimulant physique, elle est circulatoire, elle active la cascade de détoxification au niveau du foie, c’est l’un des plus puissants antioxydants connus dans le monde des plantes, elle est anti-inflammatoire, elle stimule nos capacités cognitives et nous protège contre la sénescence prématurée. Que demander de plus ?

 

Si vous ne deviez retenir qu’une seule plante médicinale, laquelle serait-ce ? Sous quelle forme ?

 

Je pense que je choisirais l’ail frais. C’est un incroyable protecteur de la sphère cardiovasculaire, il est anti-infectieux, stimule l’immunité, agit comme désinfectant pulmonaire. Il est tellement facile à cultiver au jardin, et pas besoin de faire des préparations bien compliquées, il n’y a qu’à l’intégrer à notre alimentation. Haleine à l’ail mise à part, of course.

Lire également : "L'ail, couteau-suisse de la phytothérapie !"

 

Auriez-vous une recette, une astuce à partager ?

 

Pour une raison qui m’échappe, on continue à utiliser le sucre ou le miel lorsqu’une plante est très amère et que l’on veut se préparer une infusion. C’est une erreur. A premier abord, on va ressentir le goût sucré mais très vite, le sucré va faire ressortir l’amertume.

Pour contrer l’amertume, il faut de l’acidité. Avez-vous essayé un jus de citron ? Il n’y a rien de tel.

 

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

 

J’aimerais insister sur le fait que nous avons un rôle important à jouer, vous et moi. Les plantes médicinales sont menacées. Au fil des mois, on nous enlève de plus en plus de plantes dans le commerce, sous prétexte que c’est pour notre bien, pour soi-disant nous protéger. Il faut arrêter le délire. Les plantes médicinales font partie de notre patrimoine, personne n’a le droit d’y toucher. Et pour les protéger, il faut agir.

La première action consiste à s’informer, à réapprendre comment utiliser les plantes pour pouvoir passer le savoir à nos enfants et nos petits-enfants.Croyez-moi, ils en auront besoin. Ensuite, il faut ouvrir l’œil, apprendre à reconnaître les plantes simples comme le plantain, l’achillée millefeuille, le sureau et la consoude en nature (et bien d’autres). Ensuite, pour ceux qui le veulent, il faudrait cultiver un minimum, garder les semences pour les préserver. Car un jour ou l’autre, on ne trouvera plus de semences de plantes médicinales. Agissons avant qu’il ne soit trop tard.

 

Pour en savoir plus :

- Le blog de Christophe Bernard : Althea Provence

- Ses formations en ligne : https://go.sante-plantes.info/catalogue-formations

- Sa chaîne You Tube : Christophe Bernard - Althea Provence

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